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Journée scientifique - Territorialisation de l'agriculture et de l'alimentation - Sup'Agro, 05/03/20

L'institut d'éducation à l'agro-environnement de Florac a proposé le 5 mars sur le Campus de Sup'Agro à Montpellier une journée scientifique sur le thème Du Champ à l'Assiette, Territorialisation de l'agriculture et de l'alimentation.

Environ une trentaine de personnes venant de l'enseignement technique agricole, de l'enseignement supérieur et de la recherche ont assisté le jeudi 5 mars à cette journée scientifique organisée par l'institut de Florac situé en Lozère mais lié à Sup'Agro Montpellier. Cette journée s'est articulé autour d'une idée centrale : Avec une offre toujours plus grandissante de circuits courts et de relocalisation de l'alimentation, ainsi que des lois impactant notre société comme la loi Egalim, comment permettre aux populations d'un territoire d'accéder à une alimentation de qualité ? 

Le premier intervenant était Ronan le Velly, professeur de sociologie à Montpellier Sup'Agro. Il nous a présenté l'aspect théorique des circuits courts de proximité, en expliquant en quoi ces circuits courts créaient un pont entre l'agriculture et l'alimentaire, devenant en quelque sorte des médiateurs entre le producteur et le consommateur. Cependant pour lui il ne faut pas perdre de vue que les circuits courts de proximité peuvent devenir un piège : est-ce parce que la production est locale que l'alimentation est meilleure ? Il faut réfléchir plus en profondeur pourquoi ces territoires ont besoin de circuits courts de proximité, demandant de vrais questions d'ingénierie sur leur organisation. 

Le deuxième intervenant, Stéphane Fournier, nous a présenté les Projets Alimentaires Territoriaux, les PAT, comme un moyen de développer les synergies sur un territoire.

Les PAT sont vus comme un moyen de créer une politique alimentaire au niveau local, ils peuvent être portés par des collectivités territoriales, des associations, des agriculteurs... On en dénombre 28 en France dont 10 dans la région Occitanie. 

Le troisième intervenant, Damien Conaré secrétaire général de la Chaire Unesco Alimentations du Monde, nous a développé l'évolution de l'alimentation urbaine avec la passage de villes organiques donc entourées de champs et ayant un marché de l'alimentation visible dans la ville, aux villes industrialisées où l'alimentation est devenue invisible et lointaine. En utilisant l'Histoire pour montrer cette transformation dans la ville de Paris, sa présentation a mis en lumière la distanciation multiforme de l'alimentation avec ses consommateurs. Cependant il alerte aussi sur le piège du local pour seulement consommer "local", qui ne peut pas fonctionner si cela ne comprend pas une vision durable de l'alimentation mais seulement une vision géographique. On remarque que dans l'urbanisation, l'alimentation et l'agriculture sont les grands oubliés: ces zones sont soit vues comme des zones vides à construire, soit comme des zones pour protéger l'agriculture ou la nature. Il a ensuite donné des exemples de grandes villes dans le monde qui ont expérimenté des systèmes d'alimentation urbaine, comme Belo Horizonte au Brésil avec sa ceinture verte, le Pacte de Milan réunissant 140 villes sur cette thématique etc. C'est finalement le développement d'anciennes pratiques remises au goût du jour, "ce que l'on prend pour de l'innovation a souvent déjà existé".

Après la pause repas, nous avons continué la journée scientifique avec l'intervention de Claire Deram, cheffe de l'unité Politique publique de l'alimentation à la DRAAF Occitanie (Direction Régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt) qui nous a présenté plus en détails les Projets Alimentaires Territoriaux en Occitanie. Elle a rappelé que les PAT sont des dispositifs volontaires, qui vont suivre une méthodologie spécifique soit un diagnostic partagé, une élaboration concertée du projet pour définir un cadre stratégique et opérationnel. Dans la région, Claire Deram a montré sur plusieurs projets de restauration collective, d'éducation et sensibilisation à l'alimentation ou encore de patrimoine local, que chaque PAT est unique en fonction de sa thématique et des acteurs mobilisés. 

Ensuite, Luc Lignon, Directeur de la politique alimentaire de la ville /métropole de Montpellier, nous a expliqué le PAT construit de 2015 à 2020 - Ma Cantine Autrement- par la ville de Montpellier. Ils ont développé sur 5 ans une politique d'achat alimentaire de proximité, avec une structuration des filières d'approvisionnement, une meilleure gestion de la production des cuisines, une modernisation de la distribution des repas pour mener une sensibilisation à l'alimentation durable chez les enfants mangeant aux cantines scolaires soit environ 15000 repas dans 84 écoles. 

L'avant dernière intervention, par Sylvie Soave professeur d'Agronomie et Tiers-temps Système alimentaire local et durable, portait sur son projet dans l'établissement d'enseignement agricole, le Campus Vert d'Azur d'Antibes, pour remettre du local et des circuits courts de proximité dans le self et les cafeterias du campus. Pour elle, l'enseignement agricole doit favoriser l'éducation de projet alimentaire durable car elle en a les moyens, et son projet, qui a débuté en fin d'année 2019 pour une durée de trois ans, peut être un modèle pour d'autres établissements souhaitant effectuer cette démarche éducative. 

Enfin nous avons terminé cette journée scientifique par l'intervention de Jean-Jacques Paraire, chef de cuisine dans l'établissement d'enseignement agricole de Castelnaudary. Il a mis en place, entre autres projets, le PAT Légumicant' pour promouvoir les légumineuses à la cantine. Le moment fort de son intervention a été sa prise de position sur le rôle prédominant des cuisiniers dans l'accès à une alimentation de qualité en restauration collective. Pour lui, il peut y avoir de la recherche, des débats scientifiques et des expérimentations sur l'alimentation de qualité et durable, mais il ne faut pas oublier et mettre de côté les acteurs qui vont réellement mettre en place ces politiques/préconisations/décisions dans les cantines et autres lieux de restauration. 

Ce fut une journée riche en discussions et témoignages, et l'objectif de faire discuter l'enseignement technique, supérieur et la recherche a été atteint sur cette thématique de la territorialisation de l'alimentation.

 

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